Times Square dit non au casino de Jay-Z : un revers qui relance le débat sur le craps à New York
Publié le 06/11/2025
Le Comité consultatif communautaire (CAC) a rejeté, par quatre voix contre deux, le projet de casino à Times Square porté par SL Green Realty, Caesars Entertainment et Roc Nation (Jay-Z). Sans cette approbation locale, le dossier est écarté de la course aux licences « downstate » que l’État de New York doit encore attribuer.
Rappelons que le montant annoncé était vertigineux : 5,4 milliards de dollars, avec une intégration au 1515 Broadway, l’immeuble qui abrite notamment le théâtre du musical The Lion King. La décision acte des mois de mobilisation d’associations de riverains et d’acteurs de Broadway, inquiets d’un impact négatif sur l’écosystème culturel du quartier.
Un vote décisif qui stoppe net le projet Caesars-Roc Nation-SL Green
Les promoteurs s’appuyaient pourtant sur des soutiens importants (syndicats, figures publiques et élus) promettant emplois, diversification touristique et retombées fiscales. Mais l’argument n’a pas suffi face aux craintes liées à la sécurité, à la congestion et à la cohabitation avec les scènes de théâtre. Le même jour, un autre projet majeur à Hudson Yards a subi le même sort, confirmant l’hostilité spécifique de Manhattan aux casinos urbains, quand d’autres arrondissements (Queens, Bronx, etc.) restent encore et toujours en lice.
Au-delà du symbole, cette décision éclaire la place des jeux de table dans l’offre new-yorkaise. Un complexe à Times Square aurait mis en vitrine des classiques comme le craps, la roulette ou le blackjack. Or, pour les opposants, l’ajout d’un grand plancher de jeux au cœur du district théâtral accroîtrait la pression sur l’espace public et modifierait le flux des visiteurs au détriment des salles. Les partisans, eux, voyaient dans les jeux de table tels que le craps un atout d’appel : tables spectaculaires, sociabilité forte autour des mises Pass/Don’t Pass, et un effet « show » cohérent avec l’ADN de Times Square. Mais le CAC a tranché : ce show-là n’aura pas lieu…
Ce que signifie ce « non » pour les jeux de table (et pour le craps)
Sur le plan réglementaire, le vote du CAC ne préjuge pas du calendrier global : le Gaming Facility Location Board de l’État peut encore attribuer jusqu’à trois licences d’ici à la fin de l’année, mais sans l’option Times Square. Les regards se tournent donc vers les projets alternatifs (Queens, Bronx, Brooklyn, « racinos » existants), où le craps pourrait toujours trouver scène.
Reste un enseignement qui paraît non négligeable : la licence sociale vaut autant que la licence administrative. Tandis que Roc Nation, Caesars et SL Green avaient promis une intégration douce et un contrôle des flux et des bénéfices communautaires, le CAC a estimé que le risque sur l’ADN culturel de Times Square l’emportait par-dessus tout. Pour les amateurs de craps, il faudra peut-être regarder si du côté du Queens ou du Bronx, il n’y aura pas une future table qui fera vibrer les dés, à moins qu’un futur compromis ne réconcilie scène et casino ailleurs que sous les néons de Broadway…